Cette enceinte Wilson Witt était plus volumineuse que la Watt Puppy mais se situait en dessous en terme de gamme.
Elle mesurait un peu moins de 120 cm de haut pour un poids d'une centaine de kilos par enceinte, il faudrait que je retrouve la fiche technique que j'ai dû conserver.
Livrée en caisse en bois on a l'impression de déplacer des antiquités égyptiennes.
Le tweeter est un Focal comme le boomer d'ailleurs (un 28 cm) et le médium je ne sais plus si c'est un Scan Speak ou un SEAS ?
Sur la façade un gros évent rectangulaire pour la charge bass reflex du caisson de grave et sur l'arrière du satellite médium aigu deux évents laminaires pour la charge du hp de médium

A noter que si tous les volumes de charge sont complètement indépendants les uns des autres, la Witt est une enceinte monobloc contrairement au modèle Watt Puppy.
Lors de la première écoute dans le salon à l'Hôtel Hermitage on a tout de suite été impressionné par le volume sonore sans distorsion que permettait cette enceinte, les esprits chagrins qui écoutent la musique de façon très intimiste sur des petits systèmes se sont tout de suite exclamés : "c'est de la sono, une bonne mais de la sono".
Avec cette enceinte on changeait d'échelle par rapport à une écoute "conventionnelle" et c'est déstabilisant.
Une écoute de salon est généralement difficile, il faut tenir compte de beaucoup de contingences :
L'acoustique du lieu, la nécessité de faire une scène sonore assez vaste pour qu'un maximum d'auditeurs puissent à peu près en profiter, les électroniques associées qui (raisons commerciales obligent) ne sont pas toujours celles qui mettront le mieux en valeur l'enceinte etc ...
C'est pour cela qu'avec quelques copains lorsqu'on partait faire une écoute de salon ou dans un magasin on prenait soin d'abord de s'enquérir de la bonne table locale, ce serait au moins déjà ça ...
Ces enceintes sont restées au magasin de Monaco et on a pu les écouter avec calme, en prenant le temps de bien les mettre en oeuvre (déjà au niveau du positionnement) et les tester avec différentes électroniques.
Il fallait visiblement un ampli à la hauteur, du transistor puissant (à cause du rendement assez bas et de la nécessité de tenir les hp et surtout le grave).
On a essayé avec de l'Audio Research, le D 200, un 2 X 110 watts sous 8 ohms, transistors, qui était un bon ampli, il servait un peu d'ampli de référence du magasin en ce sens qu'à un moment ou à un autre c'est à lui qu'on allait comparer autre chose

En fait, le modèle le plus réussi de cette série était le modèle au dessus, le D 300 (2 X 160 watts) et on l'a su le jour où ayant les 3 modèles de la gamme on put les comparer, le D 400 était lui d'une autre génération et bien que plus puissant il était le moins bon des 3).
Le résultat était plutôt convaincant, mais ce qui était intéressant avec ces enceintes c'est qu'elles agissaient comme des loupes mettant immédiatement en avant les qualités ou les défauts des électroniques associées.
Avec du tube ça n'allait pas, écoute trop molle, même avec de gros Audio Research, pas une bonne association.
Je tournais autour de ces enceintes et un jour, probablement soucieux de faire rentrer du cash, le tôlier me les proposa à un prix ... qui ne se refuse pas.
Nous avons convenu de faire une écoute dans le magasin avec mon ensemble ampli-préampli, on utiliserait une source à lui, du Théta Digital, un modèle comparable en gamme à mon ensemble de lecture.
Il faut vous dire qu'entre temps j'avais réussi à acquérir mon premier "gros" convertisseur, un Wadia X 32


il était le premier modèle de la gamme et là c'était déjà la seconde version, acheté d'occasion sur Nice et relié en coaxial au Kenwood qui de ce fait ne me servait plus que de mécanique de lecture.
Inutile de vous dire qu'en terme de définition ça n'avait strictement plus rien avoir, on commençait à mettre un "petit" pied dans la cour des Grands.
A cette époque Wadia était LA marque de référence en conversion numérique/analogique et leur vaisseau amiral l'ensemble Wadia 9 était tout bonnement hallucinant, il enterrait la totalité de la concurrence, et coûtait bien entendu une fortune, mais pour en avoir entendu à plusieurs reprises il n'y avait pas d'équivalent.

A l'écoute des Witt avec mon Levinson ML 11 je me suis dit qu'elles devaient être miennes, même si déjà convaincu qu'on pourrait aller plus loin avec une amplification supérieure.
La livraison chez moi a été un grand moment, ce sont en fait des déménageurs qui s'en sont occupés, et lorsque l'un deux m'a demandé ce qu'il y avait dans les caisses et qu'il a su qu'il s'agissait d'enceintes acoustiques, suant sang et eau il eut cette phrase mémorable :
"et au casque, on n'entend pas bien au casque"

On les installe dans la pièce avec l'aide de deux copains, il y a une procédure pour arriver à le faire sans être Hulk
on branche et on écoute, on joue sur le positionnement, quel changement par rapport aux panneaux, ce n'est pas du tout la même écoute,
il y a de la matière, de la profondeur, on va vers une écoute plus réaliste et moins romantique qu'avec les Magnepan, je ne vous parle même pas du niveau de dynamique.
Seulement voilà, dans le haut grave il y a un problème, une boursoufflure en quelque sorte, le fameux "son de tonneau" ...
Il est évident qu'il y a un souci, peut-être un mauvais couplage enceinte/pièce ? Un ampli qui ne tient pas assez l'enceinte ? (le ML 11 ne fait que 50 watts mais dans le magasin on n'avait pas ce problème).
Priorité : régler cette affaire d'acoustique, car si j'ai un problème avec ces enceintes, je risque de l'avoir avec toute autre enceinte capable d'exciter les modes propres de la salle.
Et c'est donc le début de mon long investissement dans l'acoustique, d'abord par la lecture de tout ce que je peux trouver, ensuite en demandant des conseils.
A ce jeu là Rinaldo Bassi qui animait une rubrique acoustique dans la Nouvelle Revue du Son avait eu la gentillesse de me répondre au téléphone et de me donner quelques pistes
éloigner les hp de grave du sol en surélevant les enceintes d'une trentaine de cm (diminuer la pression au voisinage d'une surface) et faire de même pour la zone d'écoute afin d'être toujours à bonne hauteur des tweeters. (j'ai aucune photo de ça et c'est dommage

)
Aussitôt je me suis mis au boulot, des piètements pleins en médium sous les enceintes (des plaques collées afin de faire un socle inerte) et une estrade ouverte sous le canapé (ouverte afin qu'elle ne devienne pas elle même un résonateur).
C'était mieux, même si cette ergonomie pouvait surprendre j'en conviens.
Et puis, de fil en aiguille je me suis attaqué aux autres éléments, essayé un truc, c'est bon, puis un autre, non, ça va pas, un long tâtonnement.
Ce n'était pas parfait mais on avait déjà fait pas mal de chemin depuis le point de départ.
Un jour un copain suisse qui avait de gros Magnepan (maintenant il a encore plus gros, les plus gros de la gamme des MG 20) était venu et on avait passé un après midi complet entre ses CD et les miens, à un moment il m'a demandé du AC/DC

il m'en parle encore.
Néanmoins, le mieux étant l'ennemi du bien, malgré les réelles améliorations je n'étais pas satisfait du résultat, vous me direz que c'est un peu inévitable à partir d'un certain niveau d'investissement névrotique dans une passion et vous aurez raison.
L'étape suivante touchera l'électronique d'amplification, les ricais associaient très souvent les Wilson avec une marque qui, comme Mark Levinson, était en ces années 90 au firmament du High End.
Mon copain suisse était abonné à "Stéréophile" (the bible) et on regardait ce que Singer (boutique Sound by Singer à New York) composait comme système.
Je savais donc quelle serait l'étape suivante.