Salut Michel, salut à tous,
Ah ce forum ! Depuis que je ne me déplace plus à dos de Bullet, je ne m'y pointe pas trop, mais je n'ai jamais complètement perdu le contact, ni le lien. J'ai bien fait, car je crois qu'il n'y a au monde qu'un seul forum moto où l'on puisse tomber sur un article comme celui-ci, voir citer longuement Boileau, ou se confronter les différentes recettes du gâteau aux patates. A ceux qui lui en ferait le reproche (au forum), il faudrait répondre, avec Cocteau, "Ce qu'on te reproche, cultive-le, c'est toi". Ne changez donc rien à cela, les amis.
D'autant que ce sujet sur la Hifi, qui retrace en épisodes les étapes d'une transformation, avec parfois interpellation faite au lecteur, n'est pas traité de manière si différente de telle restauration d'une V50 ou d'une Bullet fonte récupérées en soins palliatifs, et conduite avec patience et compétence jusqu'à faire l'admiration de tous ici – la mienne en tout cas. (Les plus anciens se souviennent peut-être de l'entreprise épique de Brunoetz, dont j'ai eu la chance de voir le résultat dans la vraie vie.)
van.alstine a écrit :Je vous ferai un petit historique de mon parcours, rassurez-vous j'essayerai d'être succinct, enfin, autant que faire se peut... Le premier maillon d'un système Hi Fi, une chaîne comme on dit communément, c'est ... la SALLE D'ECOUTE.
C'est marrant, après avoir suivi avec intérêt les récits de tes balades à moto dans ton bel arrière-pays, où j'ai usé plusieurs trains de pneus, je me retrouve dans l'essentiel de tes réflexions, dans ta démarche, et au point d'arrivée. Dans ton itinéraire, en somme.
Alors que j'ai cru comprendre que ça n'était pas ton métier de base, toute cette partie sur l'acoustique des salles est traitée avec une compréhension et une culture du sujet impressionnantes, qu'on ne rencontre pas toujours sur un forum spécialisé. Comme tes récits de moto, c'est de surcroît fort plaisant à lire, et les photos de ton installation permettent de saisir la nature des problèmes à traiter, donnent des pistes, et en même temps une idée de l'ampleur de la tâche, jusqu'à cet incroyable plafond incliné – à coup sûr une rareté chez un "amateur". Noter les guillemets, c'est un beau mot pour moi.
Deux remarques d'inégale importance, surtout pour le plaisir d'échanger des arguments.
1. – Tu poses d'emblée les bonnes bases, en particulier, éviter que deux surfaces parallèles soient toutes deux réverbérantes. Tu as choisi de t'occuper du plafond en premier (et de quelle manière !), alors qu'on commence habituellement par le sol, évidemment plus facile à traiter. J'ai bien compris tes explications pratiques (une salle d'écoute est aussi une pièce à vivre), mais ce carrelage "à la provençale", comme une baie vitrée, est un repoussoir absolu en matière d'acoustique – qu'on pense à celle d'une salle de bains. Je suis surpris que le tapis que l'on voit sur la photo arrive à en réduire les effets, malgré tout le travail accompli sur les autres parois.
2. – A te lire, il semble que tu aies écarté tout type de correction électronique de ta salle d'écoute – je parle de ces "béquilles" que sont les égaliseurs. Je n'en vois pas (?) sur ta chaîne, et c'est un choix élégant : pour un audiophile, moins on interpose d'étages électroniques sur le trajet du signal, mieux c'est. Mais à aucun moment dans le réglage de ta salle d'écoute tu n'as fait appel à une aide de ce type ? Pour ceux qui ne sont pas familiers de ces questions et que le sujet intéresse : le principe consiste, après un premier traitement empirique de l'acoustique de la salle, à placer un micro de mesure, c'est à dire théoriquement "parfait", du type produit par la marque danoise Brüel & Kjaer, à la place d'écoute ; à envoyer dans les enceintes un signal de référence (genre fréquence glissante de l'extrême grave à l'extrême aigu) ; et à comparer ce qu'"entend" le micro au signal envoyé. On agit ensuite sur un égaliseur paramétrique (qui permet d'agir finement sur n'importe quelle bande de fréquences), jusqu'à faire se superposer les courbes entrée/sortie, sur l'écran de l'ordinateur qui pilote l'ensemble. J'ai vu fonctionner cela chez un copain Guzziste (!), c'est impressionnant, et les possibilités sont infinies.
Bon, il n'est pas dit que l'écoute la meilleure soit la plus objectivement "neutre" : comme les micros dont tu parles, les grandes salles de concert, et aussi les grandes enceintes acoustiques, ont toujours une certaine "couleur", particulièrement adaptée à un certain type de musique, et dit-on, aux différentes cultures (les grandes enceintes japonaises, anglaises ou états-uniennes n'ont pas la même couleur. Quant aux françaises, elles seraient réputées pour leur "équilibre", ce "rien de trop" qui définit un style). Un système de correction de salle permet ainsi, en temps réel, de rendre l'acoustique de la pièce plus ou moins mate, ou brillante, en fonction de ses goûts et habitudes d'écoute.
Mais je comprends que tu as voulu réaliser, plus que l'impossible installation "parfaite", celle qui te convenait. On ne fait pas autrement avec les motos qu'on choisit, et qui sont loin d'être parfaites (sauf la mienne, en fait).
"Mais avec tout ça, on écoute de la musique ou une chaîne HiFi?" dit Bern95, résumant plusieurs autres interventions. Tu as bien conscience du problème, si c'en est un.
van.alstine a écrit :Pendant quelques années j'ai couru les salons de la Hi Fi, les auditoriums de la France entière et quelques uns en Italie et en Suisse. (…) J'ai vu défiler chez moi un nombre incalculable de produits divers (…) ça m'a occupé pendant quelques années avec beaucoup de plaisir. Et puis ça m'a passé."
Là encore, je me reconnais dans cet itinéraire, avec peut-être moins de kilomètres parcourus. Je crois qu'un déclic s'est produit quand j'ai réalisé que j'étais en train d'écouter un vendeur m'expliquant que le câble lecteur de CD/préampli à 1000 boules qu'il essayait de me faire acheter était indispensable, parce que les molécules de cuivre y étaient orientées toutes dans le même sens, et que ceci favorisait grandement le passage du signal et conséquemment la qualité d'écoute ! (je cite de mémoire, mais l'idée était celle-là). Arrive un moment où, comme disait Coluche, tu t'demandes…
Reste, parce qu'il faut bien finir avec ce sujet passionnant, que placer la passion pour le son et la musique au niveau d'exigence où tu la situes n'est possible que dans une maison individuelle, et cela change tout. Vivant depuis longtemps en immeuble, pour la même raison je me suis toujours privé d'un caisson de graves. Ça me vaut de pouvoir continuer à parler avec mes voisins, et c'est bien aussi.
Un tout dernier mot : tu fais de la salle d'écoute "le premier maillon d'un système Hi Fi". Je place ce maillon-là à la fin, mais peu importe, et j'en ajoute un autre. L'ultime maillon, avant le cerveau à qui on destine tout ça, c'est l'appareil auditif. Quand je considère, d'un oeil torve, mon dernier audiogramme, ça me conduit à relativiser plein de choses, comme la bande passante de radar de mon préampli ou de mon lecteur réseau.
Et je me dis que, finalement, avoir régulièrement remplacé le silencieux d'origine de mes motos par un modèle adaptable de chez Hack Hoophen, ça n'était pas l'idée du siècle.
Ah bin, tiens, j'ai réussi à revenir à la moto !

. Jihel
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