La Bullet « Army », le modèle originel oublié
Posté : 08 mai 2022, 17:41
La Bullet « Army », le modèle originel oublié
Absente des concessions à l'export durant les années 1990 lorsque la marque Enfield India entreprit de se développer à l'international sous l'impulsion du groupe Eicher qui tentait de la sauver, la Bullet 500cc militaire fit son apparition au catalogue au début des années 2000.
On voit ci-dessous le cliché officiel de l'importateur français qui présentait ce modèle en 2005. Certains de nos lecteurs s'en souviennent certainement :
On remarque que le cliché n'est toutefois pas totalement représentatif du modèle que l'on pouvait acheter en concession. Celui-ci était en effet basé sur une motorisation « Sixty-Five » (avec BV5 et sélecteur à gauche), et équipé d'un pare-cylindres « papillon », en plus de ses casiers métalliques.
Le cliché de présentation de l'importateur US de la même époque était lui plus fidèle :
Des ventes en berne
En France et en Europe, le modèle fut très peu diffusé. La plupart des concessionnaires jouaient alors à fond la carte d'une renaissance motocycliste «britannique », oubliant même parfois de mentionner purement et simplement l'origine indienne des ces Bullets anciennes mais neuves. Le public visé était celui des amateurs de « vieilles anglaises », rebutés par un marché de plus en plus exclusif, une exigence mécanique certaine et une difficulté à trouver des modèles et des pièces abordables.
En l'occurrence, ce modèle « Army » à destination d'un public orienté militaria (ayant probablement surtout en tête les HD WLA de l'armée US ou le RE WD/C 350cc pour les plus connaisseurs), tombait un peu à coté de la plaque. Les amateurs voulaient du classique « british » et du chrome, pas du battle green made in India !
Le modèle séminal
Quelle que soit son appellation, la Bullet militaire fut à l'origine de l'aventure Enfield dans une Inde nouvellement indépendante. Ce modèle militarisé permis à la Bullet de ne pas sombrer avec la marque de Redditch lors de la désindustrialisation massive du Royaume-Uni dans les années 1960.
Produit jusqu'en 2009 pour l'armée indienne sur la base de la même motorisation, l' « Army » fut même le fil rouge permanent d'une production continue pendant plus de cinquante ans qui permit à la Bullet d'entrer dans l'histoire motocycliste.
L'aventure commença en 1949 quand la concession Madras Motors, alors importatrice de motos anglaises (notamment Norton, Matchless et Royal Enfield), fut mandatée par l'armée indienne pour lui fournir un lot de motocyclettes pour équiper ses troupes. La Bullet fut retenue, surtout pour ses qualités passe-partout, son endurance, sa simplicité mécanique et sa faible consommation d'essence.
En 1952, une commande officielle de l'armée indienne fut formalisée pour 500 modèles. Celle-ci comprenait une exigence qui allait changer le destin de la Bullet : les motos devraient être assemblées en Inde (ce qu'on appelle aujourd'hui une commande avec « transfert de compétences »). Une entreprise en participation fut donc fondée par Royal Enfield et Madras Motors et un site de fabrication fut choisi à Tiruvottriyur, dans la banlieue nord de Madras (qui deviendra Chennai avec l'abandon des noms coloniaux).
Sur le cliché ci-dessous, on voit K.R. Sundaram, responsable de Madras Motors, sur une Bullet militarisée produite par l'usine de Redditch en 1952 – sans doute en guise de modèles de démonstration à destination du contrat de l'armée indienne :
On remarque que ces modèles, s'ils ont sans doute été peints en vert olive, conservent un moteur et des carters non peints, une plaque d'immatriculation sur le garde-boue avant, un lettrage de la marque sur le réservoir et sont équipés de sacoches souples, tandis que l'échappement a été peint.
Après approbation finale et réception définitive du modèle par le service Achats de l'armée indienne en 1953, la production locale démarra en 1955 et les 163 premières Bullets assemblées en Inde pour honorer le contrat militaire furent produites en 1956.
Un succès grandissant
Après l'armée, la Bullet séduisit aussi les forces de Police, qui commencèrent à s'en équiper dès la fin des années 1960, puis les civils, notamment les livreurs de lait, partie intégrante de la vie quotidienne de chaque indien.
Hommage à la Bullet par Subodh Gupta, artiste indien de renommée internationale de New Dehli.
Côté forces de Police, nombreux sont les occidentaux à les associer avec les Bullets peintes en blanc (sans doute aussi par réminiscence de la série télévisée ChiPs), telles que patrouillant dans les rues de Bombay.
Mais les forces de Police indiennes furent équipées de Bullets de divers coloris, variant suivant les villes et les états indiens.
Ainsi, la Police de New Dehli avait opté pour le jaune. On remarque la sirène et le gyrophare montés sur le parce-cylindre, ainsi que les sacoches rigides noires non métalliques à l'arrière.
Celle de Calcutta a vu ses officiers patrouiller pendant de nombreuses années sur des Bullets rouges.
On constate une finition assez chic de ce modèle, avec porte-bagages, cache batterie et protège sari chromés.
Associées au prestige de l'uniforme, les Bullets constituaient alors pour beaucoup d'enfants indiens une source de motivation pour rejoindre l'armée ou la Police.
Des forces de Police furent même dotées de la fameuse Bullet diesel !
Depuis, les Bullets « Police » ont d'abord été remplacée par les nouvelles motorisations sur base UCE, puis ont même été délaissées au profit d'autres marques, dans des cylindrées inférieures plus économes (comme l'Apache RTR 160cc de TVS Motor par exemple).
Mais la Bullet « Police » n'est pas encore totalement disparue en Inde, preuve cette inauguration en 2020 d'une unité motocycliste cent pour cent féminine dans la ville de Thryssur dans l'état du Kérala.
Cette fois-ci les Bullets de patrouille sont en livrée bleu nuit, qui contraste pour le moins avec l'orange du casque de ces dames !
Absente des concessions à l'export durant les années 1990 lorsque la marque Enfield India entreprit de se développer à l'international sous l'impulsion du groupe Eicher qui tentait de la sauver, la Bullet 500cc militaire fit son apparition au catalogue au début des années 2000.
On voit ci-dessous le cliché officiel de l'importateur français qui présentait ce modèle en 2005. Certains de nos lecteurs s'en souviennent certainement :
On remarque que le cliché n'est toutefois pas totalement représentatif du modèle que l'on pouvait acheter en concession. Celui-ci était en effet basé sur une motorisation « Sixty-Five » (avec BV5 et sélecteur à gauche), et équipé d'un pare-cylindres « papillon », en plus de ses casiers métalliques.
Le cliché de présentation de l'importateur US de la même époque était lui plus fidèle :
Des ventes en berne
En France et en Europe, le modèle fut très peu diffusé. La plupart des concessionnaires jouaient alors à fond la carte d'une renaissance motocycliste «britannique », oubliant même parfois de mentionner purement et simplement l'origine indienne des ces Bullets anciennes mais neuves. Le public visé était celui des amateurs de « vieilles anglaises », rebutés par un marché de plus en plus exclusif, une exigence mécanique certaine et une difficulté à trouver des modèles et des pièces abordables.
En l'occurrence, ce modèle « Army » à destination d'un public orienté militaria (ayant probablement surtout en tête les HD WLA de l'armée US ou le RE WD/C 350cc pour les plus connaisseurs), tombait un peu à coté de la plaque. Les amateurs voulaient du classique « british » et du chrome, pas du battle green made in India !
Le modèle séminal
Quelle que soit son appellation, la Bullet militaire fut à l'origine de l'aventure Enfield dans une Inde nouvellement indépendante. Ce modèle militarisé permis à la Bullet de ne pas sombrer avec la marque de Redditch lors de la désindustrialisation massive du Royaume-Uni dans les années 1960.
Produit jusqu'en 2009 pour l'armée indienne sur la base de la même motorisation, l' « Army » fut même le fil rouge permanent d'une production continue pendant plus de cinquante ans qui permit à la Bullet d'entrer dans l'histoire motocycliste.
L'aventure commença en 1949 quand la concession Madras Motors, alors importatrice de motos anglaises (notamment Norton, Matchless et Royal Enfield), fut mandatée par l'armée indienne pour lui fournir un lot de motocyclettes pour équiper ses troupes. La Bullet fut retenue, surtout pour ses qualités passe-partout, son endurance, sa simplicité mécanique et sa faible consommation d'essence.
En 1952, une commande officielle de l'armée indienne fut formalisée pour 500 modèles. Celle-ci comprenait une exigence qui allait changer le destin de la Bullet : les motos devraient être assemblées en Inde (ce qu'on appelle aujourd'hui une commande avec « transfert de compétences »). Une entreprise en participation fut donc fondée par Royal Enfield et Madras Motors et un site de fabrication fut choisi à Tiruvottriyur, dans la banlieue nord de Madras (qui deviendra Chennai avec l'abandon des noms coloniaux).
Sur le cliché ci-dessous, on voit K.R. Sundaram, responsable de Madras Motors, sur une Bullet militarisée produite par l'usine de Redditch en 1952 – sans doute en guise de modèles de démonstration à destination du contrat de l'armée indienne :
On remarque que ces modèles, s'ils ont sans doute été peints en vert olive, conservent un moteur et des carters non peints, une plaque d'immatriculation sur le garde-boue avant, un lettrage de la marque sur le réservoir et sont équipés de sacoches souples, tandis que l'échappement a été peint.
Après approbation finale et réception définitive du modèle par le service Achats de l'armée indienne en 1953, la production locale démarra en 1955 et les 163 premières Bullets assemblées en Inde pour honorer le contrat militaire furent produites en 1956.
Un succès grandissant
Après l'armée, la Bullet séduisit aussi les forces de Police, qui commencèrent à s'en équiper dès la fin des années 1960, puis les civils, notamment les livreurs de lait, partie intégrante de la vie quotidienne de chaque indien.
Hommage à la Bullet par Subodh Gupta, artiste indien de renommée internationale de New Dehli.
Côté forces de Police, nombreux sont les occidentaux à les associer avec les Bullets peintes en blanc (sans doute aussi par réminiscence de la série télévisée ChiPs), telles que patrouillant dans les rues de Bombay.
Mais les forces de Police indiennes furent équipées de Bullets de divers coloris, variant suivant les villes et les états indiens.
Ainsi, la Police de New Dehli avait opté pour le jaune. On remarque la sirène et le gyrophare montés sur le parce-cylindre, ainsi que les sacoches rigides noires non métalliques à l'arrière.
Celle de Calcutta a vu ses officiers patrouiller pendant de nombreuses années sur des Bullets rouges.
On constate une finition assez chic de ce modèle, avec porte-bagages, cache batterie et protège sari chromés.
Associées au prestige de l'uniforme, les Bullets constituaient alors pour beaucoup d'enfants indiens une source de motivation pour rejoindre l'armée ou la Police.
Des forces de Police furent même dotées de la fameuse Bullet diesel !
Depuis, les Bullets « Police » ont d'abord été remplacée par les nouvelles motorisations sur base UCE, puis ont même été délaissées au profit d'autres marques, dans des cylindrées inférieures plus économes (comme l'Apache RTR 160cc de TVS Motor par exemple).
Mais la Bullet « Police » n'est pas encore totalement disparue en Inde, preuve cette inauguration en 2020 d'une unité motocycliste cent pour cent féminine dans la ville de Thryssur dans l'état du Kérala.
Cette fois-ci les Bullets de patrouille sont en livrée bleu nuit, qui contraste pour le moins avec l'orange du casque de ces dames !

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), les RE indiennes on souvent été de vénérables utilitaires ou des motos de l'administration.


